Post du 25.05.03 (Jérôme)
Le
lendemain, nous atterrissons à La Paz
où nous entamons un véritable rallye de l'Altiplano
au moyen de plusieurs minibus plus ou moins bondés, jusqu'a Puno
au Pérou au bord du lac Titicaca.
Titicaca, malgré un nom à faire tordre de rire
les gamins, signifie "puma de pierre" aussi bien en Aymara qu'en
Quechua. Sa forme vue du ciel aurait inspiré ces peuples
indiens pour le baptiser ainsi. Comment ont ils pu le voir depuis le
ciel au XIè siecle??? Je les soupçonne d'avoir
ingurgité quelques substances illicites... Nous sommes
saisis par le contraste avec la Bolivie. Nous
sentons une sorte de tension, certainement amplifiée par la
fatigue du trajet. Nous réservons un bateau afin de nous
rendre sur l'île de Taquile et passons la
nuit à Puno ( qui depuis a
vécu des émeutes meurtrières). Le
lendemain nous nous retrouvons à bord d'un rafiot,
entourés de touristes et flanqués d'un guide qui
nous fait passer par tous les sites les plus lucratifs pour les
compagnies de voyage. De quoi réjouir une horde de touristes
israéliens et américains, mais pas nous! Le lac
est comme sur les photos... uniformément bleu.
De Puno, nous nous rendons en 6 heures de bus à Cusco( le
nombril), ville assiégée. Nous croyons revivre la
chute de l'Empire Inca. Militaires et policiers sont ici pour
protéger les chefs d'Etats Sud-Américains d'une
population surexcédée par un marasme social et
une corruption politique qui ne désenflent pas depuis la
fuite de Fujimori, véritable crapule aux
ordres des Américains durant 10 années de mandat.
La majeure partie des pays sud-américains sont
passés d'une dictature militaire souvent
orchestrée par les Etats-Unis durant les années
70 à une dictature ultralibérale
dirigée par les mêmes renards depuis 20 ans. Les
pays sont ruinés, 1% de la population possède 95
% des richesses, les autres se partagent les miettes restantes. Le
Pérou ne fait pas exception à cette triste
règle, mais la population semble réagir en
conséquence (le président Toledo a
décrété l'état d'urgence
pour 30 jours, le jour même de mon retour, en
réponse à des manifestations
générales dans le pays. Cusco sent la poudre;
seuls les étrangers peuvent circuler librement. La ville est
riche grâce au tourisme, il ne faut donc pas faire fuir les
gringos !!! Depuis le nombril du Pérou nous allons donc
visiter la vallée sacrée des Incas et son
apothéose la Cité sacrée Macchu
Picchu (le pic majeur), qui se serait, dit on, vendue aux
Américains pour éponger quelques factures d'un
pays endetté. Ils craignent pour la
sécurité des étrangers et nous
continuons à nous en étonner ??? Dans ce climat
morose et inquiétant, les rencontres faites sont telles des
lucioles dans la nuit. Je pense au couple âgé
tenant l'hôtel Rey David et à leur
bonté candide. Au monsieur du bus vers Puno,
généreux de précieux et bienveillants
conseils. Je pense à une jolie serveuse au sourire ravageur
à Aguas Calientes, curieuse d'apprendre
le français; et aux deux musiciens de Cusco, lors de mon
dernier soir, entonnant une version endiablée d'el Condor
Pasa... et d'autres que nous ne citons pas mais que nous ne pourrons
oublier. Il y a derrière les paysages de cartes postales
leurs visages illuminés. Leurs racines sont bien
attachées à un sol fertilisé par une
forte culture inca et un espoir en une destinée manifeste.
Qu'est-ce que le voyage si ce n'est la frontière
étroite entre l'errance et la lâcheté ?
Je repense à Régis Debray, qui amoureux d'un
continent, de ses hommes et surtout de ses femmes, s'engagea
auprès du Che en 1966 dans la guerilla
bolivienne et fait prisonnier en 1967 pas très loin de
Rurrenabaque d'ailleurs. Que cherchait il ?
Sommes-nous réellement condamnés à
venir dans des pays étrangers comme on passe dans un zoo,
l'oeil distrait et les cacahuètes à la main ?
Avons-nous tant perdus de cette curiosité fraternelle et
solidaire, inscrite dans notre culture et qui ne semble pas faire
défaut aux boliviens ni aux péruviens. Quelle est
la vraie misère dans tout cela ? Un voyage n'apporte pas
beaucoup de réponses, il ne pose que des questions, ou
semble nous rappeler vers certaines prémices qui pourraient
être le terreau pour de bonnes racines dans cet intranquille
monde du dehors.
Durant ces quinze jours, j'ai pense à une citation de John
Donne, écrivain anglais du XVII ième
siècle, qu'Ernest Hemingway apposait en première
page de son sublime roman Pour Qui Sonne Le Glas. Et qui disait ceci :
Nul homme n'est une isle complète en soy-mesme ; tout homme
est un morceau de continent, une part du tout; si une parcelle de
terrain est emportée par la mer, l'Europe en est
lésée, tout de mesme que s'il s'agissait du
manoir de tes propres amis ou du tien propre; la mort de tout homme me
diminue parceque je suis solidaire du genre humain . Ainsi donc,
n'envoie jamais demander pour qui sonne le glas, il sonne pour toi...
Que ce voyage puisse démultiplier les branches de la hermosa
rubia y la hermosa negra.
Post du 29.05.03
Jérôme est donc parti le mercredi 28 à 6 heures, c'est, toutes ensommeillées, que nous lui avons souhaité un bon voyage et à très très bientôt ! Dès le réveil, la mamassita de l'hôtel Rey David, nous a prévenu gentiment qu'il fallait en tant que filles faire très attention à nous à Cusco. A nouveau seules, on décide de passer ces quelques derniers jours à visiter d'autres ruines incas pour rentabiliser notre " boleto turistico ", et de traîner près de fabuleuse la Plaza de Armas et dans la calle de Procuradores, vide désormais de policiers. C'est dans cette rue surnommée la rue des Gringos que la moitié des péruviens nous "tapent" la bise (les mêmes plusieurs fois par jour !).En achetant quelques colliers fantaisies a Almeru, un jeune péruvien, on se retrouve dès notre première soirée en solo à goûter à la chicha (boisson favorite des Quechuas, sorte de maïs fermenté), on se reporte très vite sur la bière locale, la Cusqueña, nettement plus digeste. Mais se retrouver dans cette auberge " parallèle " dont l'enseigne est toujours indiquée par un sac plastique accroché au-dessus de la porte, valait le détour. On se retrouve assises à la seule table libre du bar, celle qui est au-dessus de la télévision, celle d'où on ne peut rien voir du match de foot Cuzco contre une des équipes de Lima. Malgré un intérêt manifeste pour le petit écran, on a du mal à passer inaperçues... Almeru, un brin mystique, nous parle de sa culture quechua, cette communion parfaite avec la nature, l'énergie visible des plantes, la pachamama et de toutes ces croyances ancestrales, avec beaucoup de ferveur. Un brin philosophique aussi ;-)... en abordant la question du comportement des Etats-Unis par rapport à l´Amérique du sud, il rétorque " les Etats-Unis n'existent pas, es una fantasia ! "
Le lendemain, on décide de partir visiter Pisac et autres sites incas des alentours de Cusco. Renato que l'on a rencontré la veille à son magasin de disques et qui guide les touristes pour arrondir ses fins de mois, nous emmène en auto. Il nous berce toute la journée de jolies histoires sur cette époque... Hypothèses parfois un peu tirées par les cheveux mais quand rien n'est prouvé tout est racontable. Les guides s'en donnent d'ailleurs à coeur joie !
En
soirée à Cusco, on retrouve
nos " vieilles " habitudes, le même resto, les
mêmes musiciens, deux frères Marcos et Juan. Les
mêmes rythmes endiablés, ils ne
réussiront quand même pas à nous
convaincre de les suivre en boîte de nuit. Depuis que nous
sommes en altitude, nous tombons vite dans les bras de
Morphée. Nous continuons à sillonner la ville,
à visiter cathédrale, églises et
musées. On apprend aussi que Georges, le
toulousain maintes fois rencontré, est dans les murs de
notre hôtel ! On le retrouve les deux derniers jours.
Les péruviens ne parlent plus que de " l'état d'urgence de 30 jours ", décrété par le Président Toledo. Les profs continuent à manifester, non groupés, armés de pancartes vindicatives envers le gouvernement, en silence, la bouche fermée de deux sparadraps. Tout aussi impressionnant et éloquent ! Il y a eu pas mal de blessés dans les rangs des " Maestros " la semaine passée. Ils poursuivent la lutte mais ne veulent visiblement plus se frotter aux forces de l'ordre... trop dangereux.
C'est un petit peu fatiguées par le climat (froid) et l'altitude (3400m), qu'on s'envole pour Lima le dimanche matin. Le lundi soir, on est déjà dans un bus grand luxe en direction de Mancora. 16 heures de trajet qui passe pour une fois relativement vite... Sièges ultras confortables et quelques " daubes " américaines en vidéo, nous aident à tuer le temps.
Mancora
est une petite station balnéaire pour surfeurs et un port de
pêche du nord du Pérou, à deux heures
de la frontière avec l'Equateur.
C'est l'hiver et il n'y a vraiment rien à faire sur cette
terre ! La plage de sable est quasi déserte : mise
à part quelques locaux qui surfent la vaguelette, des
pélicans, des sternes,des vautours et des chiens qui hurlent
(aboient ?) en permanence... Bref, l'endroit rêvé
pour se refaire une " santé " et se préparer
psychologiquement au retour....
C'est l'hiver mais il fait très chaud et la nuit, il fait
une vingtaine de degrés sous "l' El Pirata ", groupement de
petites moustiquaires et bungalows en bambous qui nous accueille. A
part une anglaise qui travaille dans l'humanitaire et un ou deux
voyageurs de passage,...il n'y a que nous ! C'est donc dans ce petit
bled dont l'unique rue est la fameuse "Transpanaméenne",
empruntée chaque jour par les gros camions qui traversent le
continent américain, que nous posons nos "valises" en
attendant de rejoindre Quito cette semaine, puis Madrid,
puis Paris...