Post du 12.05.03
Evidemment,
aucune route, très peu de vie : quelques vigognes, lamas et
flamants roses (et ours à casquettes verte comme dirait un
grand homme de notre connaissance ;-) )
Quelques arrêts fantastiques (et ruineux en photos !) : Laguna
Verde, Geysers du soleil du matin, Salar
de Shalviri, où on aurait pu se baigner dans des
eaux à 37 degrés si on avait eu le courage
d'enlever nos 4 épaisseurs de vêtements, bonnets
et gants...
Un arrêt épique au poste de contrôle du
Parc National, où le douanier nous fait un sketch pour un
bakchich : grandes envolées lyriques, gestes latins, pour
nous dire : "Vous comprenez, vous payez en pesos au lieu de bolivianos,
ça ne peut plus durer ! Comment je vais faire pour le change
? etc..." On finit par payer, mais devant le regard bleu
énamouré d'Imogen, il commence à avoir
un peu honte, et .... O, grande première ! Du jamais vu !
Notre homme tout repentant vient nous rendre l'argent avant qu'on
démarre ! Gros éclats de rire d'Esteban et Faosta
qui n'en croient pas leurs yeux. Nous arrivons au refuge à
4300 m en fin d'après-midi. Aurélie est la
première à souffrir de l'altitude et va se
coucher très malade, sans manger. Même les
feuilles de coca n'y font rien. Dans la nuit, grosses migraines pour la
plupart, on respire mal, et pour couronner le tout, il fait -10
degrés dehors, à peine plus à
l'intérieur. Un peu affaiblis au réveil, on
retrouve tous très vite la forme. Les paysages changent un
peu. Désert de Dali, où les
rochers prennent les formes étonnantes de sculptures du
peintre, la Laguna colorada, avec des flamants
roses par centaines. La lagune est effectivement multicolore, rouge,
verte, bleue, blanche, entourée de volcans couleur d'ocre.
En quittant le Sud Lipez, dernier
contrôle de frontière, dans une gare
désaffectée (mais le train de la mort circule
toujours entre Calama et Uyuni).
Arrêt à San Juan, petit
village à 3600m, où l'on trouve plus de lamas que
d'habitants.
On
y dort mieux que la première nuit et ici, on peut se doucher
!.
Le lendemain, dernière ligne droite, et
découverte du fabuleux Salar de Uyuni.
Il paraît que c'est la plus grande surface plate au monde,
toute recouverte de sel sur 12000 km2. On se croirait sur de la neige.
On met bien 2 heures pour le traverser, avec un arrêt sur
l'île del Pescado, aux mille cactus.
Dans la soirée, nous atteignons enfin Uyuni
: première ville bolivienne. On trouve un logement
près de la caserne (= réveil au clairon le
matin), et on s'offre un bon resto avec Simon, Imogen, Nadia et
Georges. Vin bolivien cette fois et ... steak de lama. Très
bon, ça ressemble un peu à du veau. Le lendemain,
nous partons tous "visiter" le cimetière de trains. A 25 mn
de marche de la ville, des dizaines de wagons et locos de tous les
âges, rouillés, abandonnés, gisent au
milieu de la décharge publique. Décor
surréaliste !!!
Les anglo-saxons nous quittent pour La Paz, et les
français, prenons le bus pour Potosi.
7h de trajet plus loin, nous emménageons dans la chambre la
plus froide de l'altiplano à 3900 m !
Potosi, au XVII ème siècle,
était la ville la plus riche du monde. Pendant les 3
siècles d'occupation espagnole, El Cerro Rico, la fameuse
montagne rouge qui surplombe la ville, fut exploitée et
"saignée à blanc" pour tirer l'argent et autres
minerais qui ont enrichi l'Espagne. C'est un peu l'origine du
capitalisme en Europe. Tout ça au prix de 6 millions de vies
d'esclaves envoyés dans les mines tous les 5 mois, en
continu. Très peu en ressortaient. La montagne aujourd'hui,
abrite environ 5000 tunnels et 7000 mineurs qui continuent
d'espérer tomber sur un filon d'argent et travaillent comme
au XIX ème siècle en Europe.
Après quelques hésitations, par rapport aux
risques encourus : respirer des gaz toxiques, de l'amiante, glisser
dans des puits de 50m et la peur d'être pris pour des
voyeurs, nous décidons d'entreprendre la visite des mines.
Georges Roberto, ancien mineur, passionné par l'histoire des
mines, nous y guidera. Après quelques achats de feuilles de
coca, cigarettes et alcool à 96 degrés (!?) pour
les mineurs que l'on croisera, nous nous équipons : casques,
lampes à acétylène (dont la flamme
positionnée sur le casque peut atteindre 5 cm), vestes et
bottes.
Nous achetons aussi, impunément et très
hésitants, quelques bâtons de dynamite et du TNT
pour une petite expérience. A Potosi, il
n'y aurait pas de risques contrairement au Pérou, "pays du
terrorisme"(dixit Roberto), et on peut acheter tout ça dans
la rue ! Une fois au sommet de la montagne, Roberto nous montre comment
faire exploser l'ensemble, et plonge un bâton de dynamite
dans 200 g de TNT, allume la mèche, et nous dit: "C'est bon,
on a 7 mn devant nous!". On décompte quand même
dans nos têtes et 2 mn avant l'explosion, il enterre " la
chose " à 50 m de nous ! Georges et Aurélie,
appareil photos en mains pour immortaliser l'explosion, ratent leur
coup. Aurélie fait un bond de 20 cm (moi, grande courageuse,
planquée derrière elle !). Rapide comme
l'éclair, elle recule de 5 mètres et nerveusement
finit par appuyer sur le déclencheur, 30 sec à
peine après le gros "boom". Voila une photo qui devrait
être intéressante ;-)
Après toutes ces émotions, Roberto (dont la
décontraction commence à nous
inquiéter un petit peu) nous conduit à
l'entrée de la mine, où nous devons descendre 200
m de dénivelé dans différents boyaux.
Le départ est assez périlleux, c'est
carrément de la spéléologie. Le sol
boueux, chargé d'arsenic, est
agrémenté de quelques flaques d'acide sulfurique
(on espère vivement que nos bottes sont bien
étanches !), et sur les 1ers mètres, les passages
sont particulièrement vertigineux. Nous longeons des puits
profonds de plusieurs dizaines de mètres. La descente
crée quelques instants de trouille monstre, et à
un moment, je panique sur un passage aux prises glissantes. Roberto
finit par me convaincre d'y aller, mais pas facile ! Quant à
Aurélie, elle est "aidée" par Georges, qui
voulant bien faire, lui brûle la main avec la flamme de sa
lampe alors qu'elle atteint une prise pour passer au-dessus d'un puits
!
La marche dans les ténèbres est
rythmée par le bruit des explosions,
précédées par un code morse qui
résonne sur les parois. On commence à avoir de
sérieux doutes sur le tourisme à la bolivienne !
Nous finissons par croiser un mineur, (assez rare un lundi matin
après les abus du week-end, fête du 1er mai
prolongée). qui descend chancelant de son tunnel, la bouche
gonflée par les feuilles de coca, et s'arrête un
moment pour nous parler.
Les mineurs ne mangent pas à l'intérieur de la
mine, et pour supporter la faim et le sommeil, ils mâchent la
coca toute la journée.
Nous continuons à travers éboulements et conduits
à hauteur d'homme, souvent colmatés de poutres et
de ciment. On respire un peu mieux sur la fin. Visite d'un
"musée" de bric et de broc, dans le noir, qui retrace
l'histoire de la mine. On termine par un rituel païen
consacré au diable ("El Tio "). Tous les mineurs, aussi
catholiques qu'ils soient, font un pacte avec le diable, à
qui appartiendrait les minerais. Nous sortons par l'entrée
du XVII ème siècle, éblouis par le
soleil, après 2h30 dans le noir. Dernière
précision : Les mineurs sont maintenant
indépendants, mais les conditions de travail
archaïques, les émanations toxiques font qu'ils
meurent encore jeunes de silicose, ou d'accidents dus aux explosions.
En effet moins ils ont d'argent, moins ils achètent de
longueur de mèche pour la dynamite, et moins ils ont de
temps pour se mettre à l'abri. Et c'est pourquoi l'un d'eux
a fait en 1996 "La Une " de tous les journaux : il était le
seul a avoir atteint l'âge de la retraite !!! Nous sortons de
cette expérience forte, assez chamboulés, et
redescendons au centre-ville par le quartier des mineurs, que nous
voyons d'un autre oeil. Avant de quitter Potosi, nous visitons la
maison de la monnaie, superbe bâtiment colonial,
où étaient frappées les
pièces, jusqu'à récemment (1950
environ). Puis nous prenons le bus pour Sucre,
capitale administrative du pays (le gouvernement est à La
Paz). Sucre nous enchante aussi par ses bâtiments
coloniaux baroques. Les boliviens sont aussi adorables ici que dans les
localités plus petites. Comme nous commençons
à être un peu lasses du même plat que
nous ingurgitons à tous les repas : poulet, riz et frites,
pour notre première soirée, nous partons
à la recherche d'un menu différent, et
échouons dans un " resto boîte de nuit ". La salle
quasi-vide se remplit d'un groupe d'Israéliens qui prennent
possession des lieux et de la scène, pour chanter en
hébreu, fête de la création
d'Israël oblige ! Horriblement faux malheureusement...Nous
fuyons à 1h du matin, et sur le chemin du retour, nous
suivons un groupe de musiciens qui jouaient en marchant. Ils
s'arrêtent pour nous demander d'où on vient,
etc... Eux, majoritairement péruviens, sont en
tournée dans le pays. Echanges de bises et d'adresses email,
et avant de nous quitter, nous chantent en canon ,
accompagnés à la guitare, un hommage à
la beauté des femmes. C'était très
beau, et nous étions un peu émues, il faut le
dire ! Nous sommes rentrées avec un énorme
sourire !
Nous comptons rester quelques jours à Sucre, puis partir
grâce avec un Fokker F-27 de la compagnie d'aviation
militaire (la moins chère du pays) pour rejoindre "l'enfer
vert" à Rurrenabaque, aux portes de l'Amazonie.
Nous restons 4 jours à SUCRE, profitant, profitant de belles journées printanières à déambuler dans les rues de cette ville aux façades baroques, repeintes en blanc pour fêter l'anniversaire tout proche, de l'indépendance !
Nous visitons quelques églises et cathédrales et profitons de la vie nocturne, puisque ici, enfin, il y en a une !
Dimanche matin, impatientes d'avancer et de découvrir La Paz, nous sortons de notre auberge vers 10 h pour prendre l’ avion. Très vite, quelque chose nous semble bizarre dans la ville... quasi déserte, pas une voiture ne circule ! Il y a des militaires partout qui bloquent les rues, et de temps en temps, apparaissent de curieux petits hommes en blanc qui font du porte à porte. Mystère... vite résolu !
On apprend que c'est jour de vaccination, et personne ne peut sortir de la ville ! Aucune circulation possible... Panique dans nos rangs : comment faire pour rejoindre l'aéroport?!.
Après une bonne heure de pourparlers avec les « Gentilles Autorités », on nous offre un taxi, et nous voila parties pour l'aéroport dans la seule voiture qui roule dans la ville ! Assez déconcertant.
Nous arrivons à l'heure (!!!), mais dans un aéroport désert et fermé car les autres passagers ont dû attendre la fin de la vaccination... Seulement 2h de retard, et nous nous envolons à bord d'un Fokker F-27 militaire vers La Paz. De "charmantes hôtesses" (1,80 m au garrot et moustache) nous installent. Le vol est une horreur suprême ! Le pire que nous ayons connu de toute notre carrière de passagères !!! Tout le monde (enfin, les quatres passagers... enfin, nous plus les deux autres...) est malade, pénurie de sacs plastique, du jamais vu ! L'avion vole assez bas, malmené par les trous d'air dus au relief accidenté des Andes.
On atterrit… enfin… sur l'une des pistes les plus longues du monde. A 4000 m, les avions n’ayant pas le temps de décélérer suffisamment dans la descente, ont besoin de cette longueur de piste pour atterrir. La descente sur La Paz est à couper le souffle. La ville s'étale dans une cuvette, avec en fond, la Cordillère blanche aux sommets enneigés, et les maisons montent jusqu'au bord de l'altiplano. La ville nous plaît beaucoup, mais nous n'avons qu'un jour pour en profiter avant notre vol pour l'Amazonie. Pas grave, nous revenons dans quelques jours pour y accueillir Jérôme, un ami (et ex-collègue d'Aurelie) qui vient passer 15 jours avec nous.
Le lendemain, nous repartons donc pour l'aéroport militaire. C'est amusant de voir les mêmes mecs qui font le renseignement, l'enregistrement, puis stewart dans l’avion ! Ca met en confiance...Cette fois, le vol se passe très bien, et une heure plus tard, nous atterrissons dans la jungle. L’organisme en prend un coup, car on passe de 4000 m à 150 en une heure, mais la chaleur étouffante qu'on adore toujours autant nous requinque très vite. Nous nous débarrassons des polaires, goretex, gants et bonnets, et remplaçons tout ça par crème solaire et anti-moustique.
10 mn de bus plus tard, nous arrivons à Rurrenabaque, petit village au bord du Rio Beni en Amazonie. Les rues sont désertes, c'est l'heure de la sieste.
Le
paradis !
Notre auberge a d'ailleurs assez de hamacs dans le patio pour qu'on
puisse vite adopter le rythme local.
Rurre compte de 50 à 100 touristes par jour, mais on en voit très peu, la majorité étant éparpillée dans la pampa (marais) ou la selva (jungle). On reconnaît facilement ceux qui en reviennent à leur chemise blanche salie au maximum et à leurs boutons de moustiques et sandflies, voire même à l'odeur, puisque 3 jours dans la jungle, avec cette chaleur, sans se doucher, ça ne passe pas inaperçu.
Nous nous décidons pour 2 jours dans la jungle. La Pampa séduit beaucoup de gens car on est sûr d'y voir des animaux tels que les anacondas, piranhas, alligators, etc, mais ça fait un peu zoo et ne nous semble pas très attrayant. Les gens restent dans leur 4x4 ou leur bateau, c’est pas vraiment ce qu’on aime !!!
La jungle nous tente beaucoup plus, car on marche, on découvre les plantes, et il y a l'excitation de ne pas savoir ce que l'on va rencontrer.
Nous partons le lendemain matin, avec Orlando, notre guide, et Marie-Luz, la cuisinière. 3 heures de bateau sur le Rio Beni, puis le Rio Tuichi, à admirer les bords de rivières qui sont de plus en plus envahis par une végétation luxuriante et... un peu inquiétante aussi, quand on sait tout ce qui vit là-dedans! Nous ne croisons aucune autre barque, et après 2 ou 3 villages, plus aucun signe de vie humaine.
Vers midi, nous déchargeons le bateau et marchons vers le campement à10 mn de là. Très rudimentaire, mais bien pensé. Il y a 3 tentes avec des lits pourvus de moustiquaires, une tente pour manger et un abri pour faire la cuisine. Les moustiques sont vraiment une nuisance, il faut mettre du « repellent » jusque sur le visage, toutes les 2 heures maximum. Sinon ils piquent. Ou plutôt… ils empallent. On s'installe dans une des tentes, celle où il n'y a pas de tarentule (les guides prévenants, les enlèvent régulièrement pour que les touristes puissent fermer l’oeil !).
Pendant que Marie-Luz nous prépare à manger, on déguste une boisson fraîche en discutant avec un guide, Juan. Il vient de fêter ses 24 ans dans la jungle et attend avec impatience un jour de congé pour voir sa famille. Mauvaise nouvelle pour lui, il doit encadrer un groupe de backpackers israéliens qui arrive pour 2 jours. Il nous explique que les guides n'apprécient pas du tout les Israéliens qui arrivent en masse dans le coin, car ils détruisent tout, n'ont aucun respect de la jungle ni des Boliviens et font un bruit pas possible. Ils les appellent les "Rambos". On apprend aussi pourquoi tant d’Israéliens viennent ici. Il y a 20 ans, 4 backpackers, un Autrichien, un Suisse, un Américain et un Israélien, sont partis sans guide dans la jungle. Comme si ce n'était déjà pas assez stupide comme ça, ils se sont en plus, séparés. On en a retrouvé 2 au bout d'un mois à deux doigts de la mort. Les 2 autres ont disparu, personne ne sait comment ils sont morts. Et l' israélien, qui a été retrouvé pas loin de notre campement, a écrit un livre : "Back from Tuichi" qui a fait un malheur. Depuis, tous les "survivors" arrivent en masse pour vivre l'aventure...
On explique quand même à Juan que c'est normal, ils sortent de 3 ans d'armée, ils sont un peu jeunes, un peu "tout fou", ils ont envie de s'amuser. Quand le groupe en question arrive au campement, en hurlant, donnant des coups de machettes partout, et s'asseyant pour manger sans même savoir qui est leur cuisinier, se faisant servir comme au resto, sans établir de contact avec les boliviens , il est difficile de continuer à défendre leur attitude.
Quand Orlando vient nous chercher avec Aurélie, Juan et son frère Chino font mine de pleurer et de venir avec nous :-)
Nous partons pour 4 h dans la selva, le coeur un peu battant... C'est difficile de décrire l’atmosphère de la jungle, l'ambiance sonore et visuelle si particulière et tellement déroutante pour nous : les cris d'oiseaux, le hurlement des singes, ce bruit de scie électrique, « chant » des cigales, qui trouent subitement un silence pesant... les empreintes de cochons sauvages et de biches. Orlando nous explique que les sangliers se déplacent par horde de 200 bêtes, et sont très agressifs. Du coup, on n'a plus trop envie d'en voir, mais nous tombons sans arrêt sur des bauges avec des milliers d’empreintes ! Stressant !
Nous découvrons une multitude de plantes : l'arbre à curare, à quinine, à chocolat, à caoutchouc, et toujours plus d'insectes. Il faut parfois courir pour éviter que les fourmis guerrières qui infestent le sol nous grimpent dessus, parce que c’est très douloureux et que ça donne une forte fièvre qui peut durer 10 h. Aurélie découvre vite que les fourmis rouges font elles aussi, très mal !
Nous transpirons à grosses gouttes, et nos chemises, censées être plus difficiles à percer pour les moustiques qu'un T-shirt sont de moins en moins blanches…
En fin d'après-midi, nous apercevons les singes hurleurs. C'est Orlando qui les détectent pour nous. Ils sont au sommet des arbres, soit à bien 30 m au-dessus de nos têtes. Il s'ensuit une petite course-poursuite, eux en haut, nous au sol… pour essayer de mieux les voir.
Nous revenons au camp, ravies ! Orlando et ML sont des amours, et se sont pris d'affection pour nous : nous sommes « Aorelia » et « Sandrita ». La nuit tombe et nous dévorons un délicieux dîner, une tarentule au dessus de nos têtes (elles ne sortent que la nuit). Chino en attrape une et la colle sur le visage de tout le monde (sauf nous, qui avons poliment décliné ;-) )
Puis nous préparons torches et anti-moustiques pour la balade de nuit. Les guides on décidé de regrouper tout le monde (10 personnes), mais Orlando nous emmène toutes seules : plus de chance de voir quelque chose...
Il nous montre au faisceau de sa lampe les yeux d'un alligator (à l'endroit où il nous avait dit d'aller nous baigner …), des oiseaux, puis, au bord de la rivière, les traces fraîches d'un jaguar ! Pendant une heure, nous les suivons en silence, le coeur battant (Orlando n'a même pas sa machette en cas de pépin), pour finir, bloqués par la rivière devenue trop profonde. Dommage. Nous revenons 2 h plus tard au camp, de plus en plus ravies.
Le lendemain, nous repassons 4 heures dans la jungle avant de repartir vers Rurre. Nous avons tellement aimé que nous décidons d'aller chercher Jérôme et de revenir ici pour lui faire découvrir cet univers !
Post du 10.06.03 (Jérome)Cette fois, pour vous reposer un peu de notre prose, nous laissons à notre ami Jérôme le soin de donner ses impressions. Nous venons de partager avec lui, 15 jours de ce voyage ! Il était une fois...
L'avion s'est posé avec un peu de retard à La
Paz, après un vol et un atterrissage à Santa
Cruz De La Sierra, plus que houleux ! La tête
à l'envers et les yeux grands ouverts, j'ai
découvert deux folles surexcitées à
l'idée d'un changement de programme qui se
révèlera très opportun…
Nous rejoignons le centre ville, les filles m'expliquant leur projet et
moi ne comprenant pas vraiment ce qui m'arrive. Le lendemain, nous nous
retrouvons de bonne heure à l'aéroport ( moi qui
m'était juré ne plus prendre l'avion de ma vie..)
pour nous rendre à Rurrenabaque, petite
ville de la jungle bolivienne, via avion militaire( Fokker 27
à hélices). Nous survolons la Cordillère
puis la forêt amazonienne et nous posons
sur une petite piste de terre et d'herbe à 100
mètres d'altitude et… 30 degrés. Le
contraste avec La Paz est total et je commence
déjà à les remercier pour leur
initiative. Elles sont accueillies comme des reines et elles le valent
bien. Le but de l'escapade : passer deux jours dans la jungle
à côtoyer jaguars, alligators, tarantules,
moustiques et autres merveilleuses bestioles du cru. Cependant les plus
remarquables créatures de cet
écosystème sont les rurrenabaquais
eux-mêmes. Nous sommes dans une ville qui donne un beau
visage. Nous nous rendons à la petite agence fluviale avec
laquelle nous allons partir deux jours via le rio Beni
au campement de bord de rivière. Marcello, homme
à l'humour et la culture appréciables nous
accueille une cigarette aux lèvres; tout est lent et
allangui... Sa philosophie me plaît : quoi que tu fasses : du
rafting, du canyoning, de l'escalade ou de la pêche, si le
jour n'est pas venu pour toi de mourir tu ne mourras pas, mais quoi que
tu fasses, du rafting, de l'escalade, de la pêche ou de la
couture, si pour toi le jour est venu de mourir, alors tu mourras. Tout
est dit.
Nous partons le lendemain matin pour la jungle en naviguant dans une
pirogue sur le rio durant trois heures. Orlando, notre guide est
accompagné de son fils qui dirige le bateau et de Marie
Lucia préposée à la fameuse cuisine.
Nous déboulons au campement dans une chaleur tropicale. Elle
est pas belle la vie ?
Un petit mot sur Orlando, notre guide : L'homme a une cinquantaine
d'années,et un regard pétillant que j'ai
uniquement rencontre chez les personnes connaissant bien leur
environnement. Un homme qui semble rire de tout parce que tout est
sérieux. Le loup blanc. Nous partons illico à la
découverte de la forêt et de ses hôtes
et la magie se cristallise. Dans n'importe quelle forêt du
monde nous sommes tous égaux et avons le langage universel:
ce langage qui trouve ses syllabes dans les racines, ses accents dans
les branches et ses ponctuations dans le bruit des feuilles.
Les guides nous expliquent leur croyance chamanique et nous ne sommes
pas si différents. La nuit, nous entendons les arbres
pousser lors du craquement du bois. L'Amazonie est le paroxysme de la
vie.
Parlons de cette nuit de traque au jaguar au bord du rio Beni (la rivière du vent, traduit littéralement) illuminée par la pleine lune rousse. Surveillés par les alligators aux yeux roses qu'Orlando imite parfaitement, transportés par un récital de grenouilles inspirées, nous avançons sur le sable et les pierres, suivant les traces bien visibles de l'animal sacré. Nous ne l'avons bien sûr, pas même aperçu (trop nombreux : 4, bien que religieusement silencieux). L'animal est un prédateur, pas une proie facile. Il est encore rassurant de voir que certains animaux restent des prédateurs vis à vis de l'homme. Orlando, sensible à la poésie de l'instant, savoure pleinement le concerto à mille voix de grenouilles. Elle est pas belle, la vie ? Plus que jamais. Le guide me balance un clin d'oeil qui veut tout dire; nous avons les sens démultipliés, nous nous comprenons, nous sommes bien ici, assis sur la rive.
Le surlendemain, nous nous retrouvons bloqués à Rurrenabaque une journée de plus, la pluie tropicale interdisant aux avions les décollages et atterrissages. Rurrenabaque signifie en indien "Le ravin aux canards" mais en quelques heures de pluie s'est transformé en mare aux canards. L'espace d'un instant, je me souviens de ma joie lorsque gamin je découvrais la neige qui représentait la fermeture de l'école !!!